La forêt de pins angloye, vaste et dense, est le fruit d’une volonté humaine. Ici, chaque arbre doit sa vie à des générations de gemmeurs et de résiniers et à la passion d’un empereur.
Récolte de la résine dans les pignadas (carte postale)
“Ma e Pignada per m’aida” (1), la devise d’Anglet reflète parfaitement la personnalité de la ville, point de rencontre entre la forêt et l’océan. Le poumon vert d’Anglet est un espace boisé de quatre cent cinquante hectares qui comprend trois massifs : la forêt du Lazaret, qui descend en pente douce vers l’Adour, celui du Pignada, immense pinède qui s’étend du nord au sud jusqu’à Montbrun, et le petit massif de Chiberta qui longe le littoral sur deux kilomètres de profondeur et abrite le quartier réputé du même nom. Ainsi, toute proche de l’océan, la forêt d’Anglet baigne dans un climat océanique chaud et humide qui, au cours des siècles, a forgé son caractère.
La générosité de Napoléon III
L’origine du boisement remonte à des semis de graines de pins maritimes réalisés par le Corps de la Ville de Bayonne, de 1630 à 1640, afin d’arrêter la progression des sables dunaires vers l’intérieur. Sous le Second Empire, il connut son véritable essor. À cette époque, les bains de mer, recommandés par la Faculté pour leurs vertus thérapeutiques, provoquèrent un engouement sans précédent dans la bonne société. L’impératrice Eugénie se rendit à Biarritz, puis à Anglet. Dans son sillage, les gens du monde succombèrent avec enthousiasme à l’attrait de la forêt et à son air thérébentiné, réputé souverain dans le traitement de la phtisie, le mal du siècle.
En effet, boisée d’essences résineuses, recevant les brises rafraîchissantes de la mer, ouverte au sud du côté des montagnes et jouissant en hiver des rayons réchauffant du midi, la forêt constituait le plus beau sanatorium qui puisse exister. Cette vogue écologique avant la lettre profitera largement à Anglet. L’époux d’Eugénie, Napoléon III, séduit par cette splendide forêt, ordonna la plantation de nouveaux semis sur près de quatre cent cinquante hectares, et fit tracer des routes au milieu des arbres séculaires, ainsi que sur les flancs des dunes d’où la vue se projetait au loin sur des paysages pittoresques.
Entre chasse et résine
Le Pignada devint, aux yeux des témoins de cette époque, un véritable parc naturel dont le calme n’était rompu qu’au passage de la charrette du résinier, des chasseurs, ou de quelques cavaliers ou piétons en promenade au milieu des genêts. On disait à l’époque que si elle avait été annexée au bois de Boulogne, Paris aurait été fier de la forêt d’Anglet ! Le massif forestier s’étendait déjà des hauteurs de Montbrun aux berges de l’Adour, et couvrait jusqu’à la Barre et la Chambre d’Amour. À côté de la chasse aux grives, bécasses et tourterelles, pratiquée par les Angloys, le lieu servait de cadre à de magnifiques battues au renard, organisées par la haute société selon une mode lancée par l’aristocratie britannique installée dans la région. La forêt était aussi source de revenus pour les habitants d’Anglet. Du pin, le paysan vendait le bois et la résine. L’arbre majestueux “montrait alors sa plaie au flanc”.
Aujourd’hui propriété de la Ville, du Département et de la congrégation des Servantes de Marie, l’ensemble de la pinède est entretenu par l’Office national des forêts, et ses sentiers voies vertes, aires d’accueil, espaces ludiques et sportifs ont été aménagés pour la promenade et le loisir.
(1) « La mer et la forêt de pins pour m’aider »



