Exposition Claude Bellegarde
Culture Arts plastiques ExpositionLa Ville d’Anglet accueille l’artiste Claude Bellegarde pour une exposition rétrospective conçue en collaboration avec Corinne Perez de la Galerie Artraces. Entrée libre à la villa Beatrix Enea, jusqu'au 15 janvier 2012.
Des années 50 à aujourd’hui, six décennies de création sont ici condensées en quelque 24 toiles. On y trouve les principales caractéristiques de la peinture abstraite largement explorée par celui que le critique Pierre Restany qualifiait de "l’un des derniers grands coloristes dans le sens véritablement philosophique du mot et de l’expression".
Bellegarde débute avec des oeuvres entièrement blanches, dites "achromatiques", qui feront sa renommée. Ses tableaux blancs seront une étape initiatrice, un catalyseur par lequel il naîtra à la couleur. Contemporain d'Yves Klein, il dépassera l'achromatisme dès 1958, pour parcourir plus d'un demi-siècle d'innovations continuelles inscrites dans l'histoire de l'art.
Toute l'oeuvre de Claude Bellegarde, toutes ses recherches sur la couleur sont à la fois un univers de jouissance sensorielle et de propositions de sens pour retrouver un juste usage individuel et social des couleurs. Bellegarde fait vibrer la lumière... Ses toiles baignées de mystère et de grâce nous invitent à la contemplation. Elles nous fascinent et nous apaisent à la fois. La couleur y est restituée dans son essence même, dans son mystère premier.
L’exposition présentée à la villa Beatrix Enea offre l’occasion d’apprécier ce parcours pictural sensuel et fort, vécu comme un chant chromatique chargé de valeurs symboliques.
Découvrez le reportage réalisé par Allande Boutin pour France 3 Euskal Herri Pays Basque ICI
Parcours
Claude Bellegarde est né à Paris en 1927.
Les approches picturales (1944-1952)
Bellegarde a 17 ans lorsqu'il illustre "Le Serpent d’étoiles" de Jean Giono qui l'encouragea. Puis, il rencontra un être singulier qui changera le cours de sa vie : Lanza del Vasto, philosophe, disciple de Gandhi, avec qui il passera trois ans à découvrir les énergies vitales qu'il s'appropriera et qui animeront toute son oeuvre.
Achromatisme – Période blanche (1953-1957)
La peinture est ici empreinte d'une luminosité qui se diffuse à travers l'espace, oeuvres peintes suivies d'une ample série de papiers blancs froissés et collés sur calicot. L'abandon du point fixe, cher à Monet, fera dire à Pierre Restany, le plus illustre défenseur de Bellegarde : "la leçon des Nymphéas a été enfin comprise..."
Magnétisme chromatique (1958-1964)
De cette période blanche unanimement reconnue naîtra une autre dimension : l'épiphanie de la couleur, son apparition. La peinture de Bellegarde est alors sillonnée d'irradiations chromatiques. La couleur la plus vive va progressivement envahir tout l'espace de la toile, énergies libres et lyriques qui vont s'amplifier. Son rayonnement chromatique est l'un des plus pénétrant qui soit. Il concerne nos facultés réceptives les plus fines et les plus cachées, entre le jaune vital tout proche encore de la blancheur globale de la lumière et le sombre violet situé aux limites des ténèbres, viennent le bleu mystique, le rouge passionnel, le vert équitable...
Cabine chromatique (1967) - Typogrammes (1963-1966) – Cabine psy-color (1964-1970) - Nature humaine (1967-1976)
Dans ces quatre séries, Bellegade évite l'équivoque de la peinture psychologique au sens étroit du terme, en allant droit à l'essentiel, c'est-à-dire à la définition de l'homme dans son appartenance à l'univers. La couleur est en soi, elle existe physiquement et spirituellement. Bellegarde révèle une représentation de la psyché des individus, "un miroir pour se voir en peinture".
Réapparition de la couleur à la suite d’un voyage au Maroc. Des jets colorés, dont la spontanéité apparente est contrôlée par une symbolique des couleurs (chaque couleur de l’arc–en–ciel est la révélation de l’être). Bellegarde présente le résultat de ses réflexions dans un manifeste Pour un symbolisme de la couleur.
En 1963, les typogrammes (portraits psychiques réalisés par le langage des couleurs).
En 1964, les cabines chromatiques où le spectateur est introduit dans sa propre projection. Il expose à New York où le Guggenheim Museum acquiert une maquette en trois dimensions et un tableau.
En 1965, ses recherches le conduisent à se pencher sur la sémantique de la couleur comme moyen de thérapie. Sa collaboration avec le professeur Alfred Tomatis, qui consiste à traiter les troubles auditifs et langagiers, en est une excellente application.
En 1967, la revue Opus International publie son manifeste "Sémantique de la couleur et chromothérapie".
En 1971, une grande rétrospective est présentée par le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris.
Les Stores (1976-1990)
À la fin des années 60, Bellegarde abandonne la peinture à l’huile pour une peinture industrielle italienne, la nitrocellulosique, premier polymère synthétique. Il se sert aussi de toute une variété de matériaux et structures : encres, eau, bois, aluminium, surfaces en polyester, tuiles, papier de riz et stores en lattes de bois.
1976–1979: commence la période des stores en lattes de bois. Voyage à travers l’ouest américain. Poste de professeur à la Sorbonne. Participation à une exposition itinérante, Panorama de l’Art Français, aux Musées d’Istambul, Athènes, Salonique, Téhéran, Damas, Le Caire, Tel Aviv, Tunis, Rabat, Alger, Lisbonne.
1981-1984: exposition des stores à l'Université Columbia, New York et à la galerie d'Art International de Chicago.
En 1985, Claude Bellegarde est fait Chevalier des Arts et Lettres par Jack Lang alors Ministre de la Culture. La même année, il obtient un Doctorat en Art et Sciences des Arts Visuels à l'Université de Paris 1, Panthéon-Sorbonne.
Son et couleur (1986-88) – Marine et volcanique (1989-99)
Dans les oeuvres de ces deux séries, l'analogie entre l'intensité de la couleur et celle des sons est d'une telle évidence que l'on ne se demande plus qui appelle l'autre ou y répond.
La recherche des années 70 amène Bellegarde à une nouvelle étape dans sa quête de la couleur, impressionné par la lumière, les couleurs et les formes du paysage au cours de ses voyages.
La couleur du regard (1997-2001)
L'oeil devient son sujet. C'est pour lui le temps du regard intérieur pétri de forces élémentaires.
La Manufacture des Gobelins lui consacre l'un de ses métiers à haute lisse durant trois ans pour réaliser "La couleur du Regard", une impressionnante tapisserie de 46 couleurs et de trois mètres par quatre, collection du Mobilier National.
Gris de couleur (2005)
Le gris est un abus de couleur, le symbole d'une autre couleur qui les réduirait toutes en une poudre grise de toutes les couleurs mélangées. Loin de la tentation du monochrome gris par celui qui fut le précurseur de l'achrome blanc au début des années 50, Bellegarde déstructure l'harmonieuse ordonnance tout en programmant son effacement, gris de couleur.














