AccueilRetourLa métamorphose de Beatrix Enea
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C’est ce que l’on pourrait appeler une rénovation en douceur. Point de révolution à Beatrix Enea,
tout juste une évolution pour adapter le bâtiment aux nécessités de notre temps. En pénétrant dans les lieux, le visiteur sera sans doute surpris de ne pas découvrir de profonde restructuration spatiale dans cette bâtisse centenaire. Les indispensables travaux de modernisation ont conservé l’âme de cette demeure bourgeoise qui vit se succéder plusieurs familles fortunées tout au long du XXe siècle, avant d’intégrer, en 1993, le patrimoine de la Ville, laquelle y a installé son service culturel.

Un ascenseur pour tous les étages

“L’objectif était de mener une démarche volontairement discrète”, souligne Pierre-Jean Harte-Lasserre, l’architecte biarrot qui a conduit cette opération et grand spécialiste de la restauration de villas prestigieuses. “Il s’agissait de conserver les éléments caractéristiques du décor tout en assurant la mise aux normes en matière d’accessibilité et de sécurité.” Le programme, d’un montant d’un million d’euros, prévoyait essentiellement la mise à jour de l’équipement au sens de la règlementation sur les établissements recevant du public. Il a pu être mené à bien dans les délais requis grâce à l’implication et à la vigilance du service municipal des bâtiments communaux. Principal changement dans le décor, l’introduction d’un ascenseur desservant l’ensemble des quatre niveaux. Il a conduit à une légère modification des pièces et des escaliers situés sur la face ouest du bâtiment, ainsi qu’à la construction d’une tourelle sur le toit de celui-ci, en respect total de son architecture originelle.

Un auvent de verre

L’accès extérieur de l’ascenseur, sur le côté du rez-de-chaussée, est protégé par un auvent en verre, qui constitue l’autre rajout apporté à l’édifice. Adossée à une structure métallique, cette avancée vitrée protège également le porche et le perron de la façade. “Elle rappelle les marquises telles qu’on les concevait dans les années 1900 et signale l’entrée comme étant celle d’un bâtiment public”, explique Pierre Jean Harte-Lasserre. “En même temps, cette verrière décline une interprétation contemporaine pour marquer le fait que nous sommes en présence d’un centre d’art contemporain.” À l’intérieur, le regard est saisi par le rouge vénitien qui habille dorénavant les murs du corridor d’entrée. “Il entretient l’effet de contraste, propre aux maisons de l’époque, avec un hall à l’anglaise très sombre ouvrant sur des pièces alentour très lumineuses”, ajoute l’architecte. “En créant une sorte de zone tampon, le choix de cette couleur qui enveloppe le sas d’entrée participe à la mise en scène et alimente le jeu entre le clair et l’obscur qui a été volontairement conservé.”.

Les travaux ont pour le reste principalement consisté à rendre le sous-sol accessible au public. Un atelier pédagogique de 30 m2 y accueillera les actions de médiation en direction du jeune public, tandis que les réserves abritant l’importante collection municipale d’oeuvres d’art bénéficieront dorénavant de conditions optimales de conservation. Rappelons à cet égard que la visite des expositions draine près de 20 000 visiteurs par an à la villa, dont une bonne partie de scolaires.

L'esprit du bâtiment préservé

Au rez-de-chaussée, la banque d’accueil a été retirée pour ouvrir l’espace et la vue sur la cheminée, les boiseries, le grand escalier central et les jolis arcs Tudor ornant les fenêtres. Dans les étages, les locaux administratifs accueillant les services municipaux de la Culture et de la Communication ont été redistribués et réorganisés. Au-delà de ces indispensables touches de modernisation, l’esprit “maison de famille” qui imprègne la demeure a été préservé. Dans le souci de maintenir les ornementations d’origine, on est allé jusqu’à reconstituer à l’identique la mosaïque du sol d’entrée après le rehaussement de celui-ci. La Villa Beatrix Enea est certes entrée dans une ère nouvelle, mais l’atmosphère des lieux n’a pas changé et le charme de l’ancien est resté intact. “On s’est effacé devant l’existant et notre intervention s’est voulue résolument modeste”, résume Pierre-Jean Harte-Lasserre.