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La Maison d’Anglet, de 1789 à nos jours

Autrefois appelée Maison Commune, la Mairie, ou plus noblement Hôtel de Ville, constitue depuis la Révolution Française le théâtre essentiel de la vie administrative d'Anglet. En effet, avec la Révolution française, les Communautés paroissiales chargées d'administrer la commune ont cédé leur place aux Conseils municipaux : la loi du 14 décembre 1789 a mis en place de nouvelles institutions communales.
Par sa situation centrale dans le quartier Saint-Jean, la mairie s'est trouvée, dès 1789, au cœur des évolutions politiques, économiques et sociales d'Anglet. Le petit village d'agriculteurs s'est imperceptiblement transformé, tout au long du XIXe siècle, dans un mouvement continu d'urbanisation.
Ce sont les années 1789, 1886 et 1936 qui marquent les trois étapes importantes de l'histoire de la mairie d'Anglet.

La première mairie d'Anglet est installée après la Révolution française à côté de l'église Saint-Léon, dans un bâtiment qu'elle partage avec l'école. Lors de l'invasion anglaise de 1813-1814 ce bâtiment est détruit, ce qui marque le début d'une série de déménagements pour la mairie. Elle est d'abord installée dans la maison Laventure qui a abrité le presbytère jusqu'en 1820, en face de l'église ; elle est ensuite transférée maison Larrebat en 1823, puis maison Pierre-Brun un an plus tard.
1886 marque une seconde étape. Le quartier Saint-Jean se développe, favorisé à la fois par sa fonction de centre de services avec l'église et la mairie et de carrefour de voies de communication entre Bayonne, Biarritz et la Route nationale (RN 10) ; il est aussi le passage obligé des transports vers l'Espagne via Saint-Jean-de-Luz.

La population de la petite commune d'Anglet passe de 3886 habitants en 1872 à 4813 habitants en 1886. Face à ces transformations, il est décidé de construire une nouvelle mairie pour laquelle le conseil municipal vote la somme de 20 000 francs. Elle est bâtie sur un terrain communal, situé en face de l'église. A côté de la nouvelle mairie se trouve le presbytère réinstallé dans la maison Laventure depuis 1840.

Dès les premières années du XXe siècle, un mouvement d'architecture régionaliste se dessine dans plusieurs régions françaises et notamment au Pays basque, dont les habitations traditionnelles paysannes présentent des caractéristiques tout à fait particulières. Les modèles traditionnels sont repris par des architectes locaux et adaptés aux besoins d'une clientèle aisée, éprise de pittoresque qui domine la région, devenue lieu de villégiature.

C'est ainsi que naît l'architecture néo-basque dont Henri Goldbarge peut être considéré comme le chef de file et le théoricien, et dont William Marcel est devenu un maître incontesté.

Ce mouvement, constitué en école, affirme sa vocation à traiter des programmes publics aussi bien que privés.

Style Néo-basque et Régionalisme

"Pays à forte identité ethnique, où l'habitation -l'etxe- en plus de caractéristiques notables, constitue une entité sociale fort intéressante, le Pays basque offre tous les ingrédients pour qu'y prenne un régionalisme architectural". A l'époque où Henri Goldbarge s'y établit, le renouveau est à l'œuvre depuis une dizaine d'années grâce à des architectes comme Huguenin, Larrebat-Tudor, Cazalis ou Tournaire, auteur à Cambo de la villa Arnaga.

Au début du mouvement, la ferme du Labourd est le modèle quasi exclusif : asymétrie des toits ; multiplication des décrochements et d'avant-corps ; superposition d'étages ; traitement des façades par pans de bois sans rôle structurel, rapidement remplacés par un décor en ciment, ordonnés en réseaux plus ou moins serrés où dominent les verticales ; balcons aux dispositions et aux formes variées, etc. La porte d'entrée ou le porche profond qui parfois la précède est surmontée d'un linteau sculpté de motifs décoratifs stylisés portant des inscriptions en français, en basque ou en latin. Le rouge s'impose comme " la " couleur basque.

Vers 1930, l'œuvre des frères Gomez et celle de William Marcel reprennent la "Casa-torre" (maison tour) des provinces de Navarre et de Guipuzcoa en Pays basque sud : corps de bâtiments élevés en forme de tour, avec échauguettes tronquées et encorbellements plus ou moins moulurés ; murs blancs ou ocrés ; large débord des toits et jeu des auvents ou des balcons souvent arrondis ; portes où domine le plein-cintre ; baies jumelées ou fenêtres à croisillons et meneaux ; nombreux éléments décoratifs comme les écussons ou les grands cartouches de pierre sculptée disposés en façades ou aux angles à l'imitation des maisons nobles espagnoles. Comme la pergola, le patio décoré d'azulejos est souvent un élément obligé de la demeure.

À partir des années 1950, le néo-basque devient la seule référence de l'administration pour apprécier l'intégration au site, ce qui contribue à figer le renouveau de la création architecturale contemporaine.

Pierre-Jean Harté-Lasserre et Maddalen Narbaïts - Fritschi Archives d'Architecture de la Côte basque.

C'est dans ce contexte créatif et de développement de la Côte Basque que le conseil municipal d'Anglet, qui vient d'élire son nouveau maire, le Docteur Daubin, confie en mai 1935 à l'architecte biarrot William Marcel, le projet de construire une nouvelle mairie.

William Marcel (1879-1971)

Né à Bordeaux, William Marcel suit les cours d'architecture de l'Ecole des Beaux-Arts de cette ville, puis ceux de l'atelier Scellier de Gisors à Paris. Il collabore avec François-Joseph Cazalis pour la conception du Carlton (1910) de Biarritz et s'installe à Bayonne.

En 1927 il réalise plusieurs immeubles avenue Edouard VII à Biarritz : la "Maison Basque", d'inspiration régionaliste, qui est son premier grand chantier et, dans une veine plus haussmannienne, la banque Barclay's et l'immeuble Molyneux.

En association avec son fils Jean et l'agence J. Noutary et fils de Pau, il édifie le pavillon des Trois B (Béarn, Bigorre, Pays Basque) à l'exposition internationale de Paris en 1937.
Parmi ses réalisations les plus significatives, on retient également de belles villas de style hispanisant : Marie-José, Nerba, Orkodia à Biarritz et San Miguel à Chiberta.

La Ville d'Anglet lui doit aussi la Villa El Hogar, construite à la fin des années vingt, transformée plus tard en centre culturel. Avant que le projet de la mairie lui soit confié, William Marcel fut l'architecte du Château de Brindos en 1930. Ce Château, devenu hostellerie, est sans doute l'un des programmes privés les plus importants confié à William Marcel par un richissime et fantasque anglais, Reginald Wright.
Après la période de l'entre-deux-guerres dont il a été l'un des architectes les plus appréciés et les plus productifs sur une Côte Basque en perpétuel chantier, William Marcel aménage le Port-Vieux de Biarritz en 1955, en collaboration avec Ferdinand Brana. Son fils Jean, puis son petit-fils William lui ont succédé dans son cabinet d'architectes.
Le projet fort ambitieux, confié à William Marcel, indique une volonté politique de considérer la nouvelle mairie comme une étape décisive dans le développement angloy. Il prévoit l'agrandissement de l'ancienne mairie, associé à un effort de décoration très important.
La structure imposante du nouveau bâtiment implique de redessiner le centre du quartier Saint-Jean : des arrangements sont proposés pour aménager une place devant l'Hôtel de ville et modifier les alentours de l'église Saint-Léon.

L'architecte William Marcel propose deux grands projets au Conseil Municipal qui accepte les plans définitifs en 1936 et désigne les entreprises adjudicataires. Le montant du devis s'élève à 800 000 francs. Le plan du sous-sol met en évidence la structure du nouveau bâtiment qui intègre l'ancienne mairie.

L'avant-projet du rez-de-chaussée marque l'emplacement du presbytère et reflète l'ambition du projet. Quelques détails sur les plans témoignent d'une recherche dans le choix des matériaux et dans le style des années trente.
Le sol du patio se compose de pierres de la Rhune et de pierres de Bidache, harmonieusement alternées sur le pourtour. Les balustrades des balcons sont en chêne, l'escalier de la tour est en pin.
Le parti pris d'une simplification radicale du style néo-espagnol qu'adopte William Marcel annonce le passage vers une architecture épurée et expressive, soulignée de succinctes allusions décoratives néo-espagnoles ou néo-basques. Le corps du bâtiment est élevé en forme de tour, dotée d'une horloge, qui rappelle les clochers-porches des églises locales.
C'est finalement un ensemble qui fera référence dans le patrimoine architectural, dont il est l'une des plus belles réalisations.

"La mairie, développée autour d'un patio, dotée d'une tour, de bureaux et d'une vaste surface utile, s'offre des espaces publics exceptionnels : grande salle de délibérations, belle salle des mariages, majestueux escalier d'honneur, vaste hall. Elle témoigne des projets de développement d'Anglet, elle affirme le pouvoir municipal, elle est l'épiphanie d'une ville comme le furent en Flandres ou en Italie du Nord les beffrois des maisons communes". André Graciannette, Revue municipale d'Anglet, 1988

Pour affirmer la place de la mairie dans la cité un effort considérable de décoration est décidé. Le mobilier est fourni par la maison de meubles Arbey "décorations d'intérieur, sièges modernes et divans, cosy-corners", située au Faubourg Saint-Antoine à Paris, donnant aux bureaux de la mairie un aspect très moderne pour l'époque. L'ensemble des bureaux est équipé de meubles faits de bois de chêne cérusé.

Toutefois, le mobilier du bureau de Monsieur le Maire, encore conservé à ce jour, se compose d'un bureau en acajou foncé, avec une bibliothèque et un guéridon en palissandre des Indes ciré.

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