Comment le développement fulgurant de l’intelligence artificielle transforme-t-il nos capacités de réfléchir, de penser et de faire société ?
Pour répondre à cette question, nous reviendrons sur l'histoire de l’écriture alphabétique et de l’automatisation industrielle, afin de saisir les enjeux de l'écriture informatique et de l'automatisation numérique. Dans le contexte des « intelligences artificielles génératives », que certains transhumanistes décrivent aujourd’hui comme des « esprits numériques », il convient, à l’inverse, de se demander comment les technologies numériques affectent nos capacités psychiques (mémoire, attention, réflexion) et nos relations collectives, en particulier quand les entreprises numériques dominantes fondent leur modèle d’affaire sur « l’économie de l’attention » ou quand les grands modèles de langages semblent s'exprimer à notre place.
Quels sont les risques de cette captation des attentions et de cette automatisation du langage pour nos capacités mentales et pour nos relations sociales ? Quels sont les leviers pour faire face à ces nouveaux enjeux à la fois technologiques et anthropologiques ? Comment concevoir et promouvoir des dispositifs numériques alternatifs au service de nouvelles formes attentionnelles et de nouvelles organisations sociales ? Bref, comment mettre les automates computationnels au service de l’intelligence collective ?
Anne Alombert, philosophe, agrégée de philosophie, est enseignante-chercheuse en philosophie contemporaine à l’Université Paris 8 et membre du Conseil National du Numérique. Ses recherches portent sur les relations entre savoirs et techniques, ainsi que sur les enjeux anthropologiques des transformations technologiques contemporaines. Elle est l'auteur de Schizophrénie numérique (éditions Allia, 2023) et De la bêtise artificielle (éditions Allia, 2025).