Dans Pour commencer encore, Georges Didi-Huberman revient sur l’invitation de Paul Celan : « Passez… passez… ». Passer, écrit-il, c’est « faire le pas », cheminer, suivre ses propres « lignes d’erre » ou de désir et, pour cela, franchir les lignes de pouvoir. Une invitation à se déplacer, mais aussi à se soustraire aux trajectoires assignées.
Une pensée qui trouve un écho particulier dans le travail de Lou Chavepayre. Les contraintes n’y sont ni contournées ni effacées : elles participent aux formes mêmes que prend son travail, sans jamais en déterminer la direction. Une main qui échappe à ce qu’on lui demande, un œil qui trace un trait là où la main ne peut plus — de ces gestes déplacés naît un espace où s’invente une trajectoire qui n’appartient qu’à elle.
Lignes d’erre rassemble les traces de ces expériences. Non pas celles d’une errance, mais d’une manière singulière de se frayer un chemin, au gré des rencontres, des obstacles et des possibilités qui se présentent. Une liberté qui ne consiste pas à s’affranchir de toute contrainte, mais à trouver, à l’intérieur même de celles-ci, ses propres passages.
« Mon travail est marqué par mes difficultés et mon désir de toucher le monde. Et vice versa. Ces attouchements laissent des traces, des lignes d’erre qui me permettent d’y appartenir, l’espace d’un instant. »
— Lou Chavepayre